Un budget indécent qui met des vies en danger

Publié le: 19 mars 2026

L’R des centres de femmes constate avec indignation que le gouvernement de la CAQ continue de ne pas reconnaître à sa juste valeur l’apport essentiel des centres de femmes et des autres OCASSS (organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux) dans le filet social québécois, notamment dans la lutte aux violences faites aux femmes.

Alors que les féminicides se succèdent à un rythme alarmant au Québec, ce budget ne prévoit aucun rehaussement significatif ni reconnaissance claire du rôle que jouent les centres de femmes en matière de prévention, de soutien et d’intervention. Pourtant, ces milieux de vie constituent souvent des portes d’entrée cruciales pour les femmes vivant des situations de violence, bien en amont des crises.

Le budget présenté annonce un maigre 20 millions de dollars de rehaussement à la mission globale, somme qui sera répartie entre près de 3000 organismes à travers le Québec. Cela représente environ 6 500 $ par organisme, une somme dérisoire au regard des besoins. À titre comparatif, les centres membres de L’R auraient besoin d’un rehaussement de près de 42 millions de dollars pour consolider leurs équipes et répondre adéquatement à leur mission.

Encore une fois, l’action des centres de femmes en violences faites aux femmes demeure invisible dans les mesures budgétaires dédiées. Pourtant, leur travail est au cœur du continuum de services : écoute, accompagnement, sensibilisation, éducation populaire, intervention individuelle et collective. Cette absence de reconnaissance limite directement leur capacité à agir efficacement pour prévenir les féminicides.

Chaque féminicide est un échec collectif. Et chaque fois, la question se pose : qu’aurait-on pu faire en amont? Les centres de femmes font partie de la réponse. Avec un financement adéquat, ils pourraient intensifier leurs actions de prévention, rejoindre davantage de femmes, briser l’isolement plus tôt et intervenir avant que la violence ne devienne fatale.

Dans ce même budget, le gouvernement prévoit une enveloppe de 250 millions de dollars sur cinq ans à la discrétion du ou de la future première ministre pour répondre aux imprévus et aux promesses électorales, une première selon les analystes. Comment justifier de telles marges de manœuvre, alors que les besoins connus et documentés du communautaire autonome, estimés à 1,7 milliard de dollars par la campagne CA$$$H, demeurent largement ignorés?

Les véritables « imprévus » sont pourtant bien connus : la montée des violences, l’appauvrissement, l’isolement, l’épuisement des travailleuses. Investir dans les centres de femmes, c’est agir en prévention, c’est éviter que ces situations ne dégénèrent et c’est se donner une chance de sauver les prochaines victimes de féminicides.

Sans financement adéquat, les centres de femmes continueront de faire des miracles avec des moyens insuffisants — au prix de l’épuisement de leurs équipes et de limites bien réelles dans leur capacité d’action. Soutenir pleinement leur mission, c’est faire un choix de société : celui de la dignité, de la sécurité et de l’égalité.

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