Violences contre les femmes – Trente ans plus tard, croyez-nous aussi!

par Pauline Ou-halima et Claire-Anse Saint-Éloi, respectivement agente aux communications et coordinatrice du Comité 12 jours, et d’autres signataires*

Trente ans plus tard, croyez-nous aussi!Cette année, la campagne des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, coordonnée par le Comité 12 jours, commémore les 30 ans de l’attentat antiféministe à Polytechnique.

C’est pour garder en mémoire les 14 femmes assassinées le 6 décembre 1989 que cette date est devenue la Journée nationale de commémoration et d’action contre les violences envers les femmes. Commémoration, pour ne pas oublier qu’elles ont été assassinées parce qu’elles étaient des femmes. Action, pour que toutes les femmes vivent sans violence.

Trente ans plus tard, si des femmes ont obtenu des victoires, d’autres les attendent encore. S’il a fallu 30 ans à Montréal pour reconnaître que ces meurtres étaient un attentat antiféministe, qu’en est-il de la reconnaissance des femmes qui subissent des violences quotidiennes parce qu’elles sont racisées, parce qu’elles sont en situation de handicap, parce qu’elles sont lesbiennes, parce qu’elles sont trans, parce qu’elles sont travailleuses du sexe, parce qu’elles sont musulmanes, parce qu’elles sont autochtones?

En 2019, nos revendications sur l’équité salariale, qui s’appuient souvent sur la statistique que « les femmes gagnent 85 % du salaire des hommes », doivent cesser de rendre invisibles les femmes racisées et immigrantes qui, elles, ne gagnent que 57 % du salaire des hommes.

En 2019, malgré la reconnaissance par la commission Viens et l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées des violences insupportables dont elles sont les cibles, les femmes autochtones attendent encore des actions concrètes.

En 2019, les femmes autochtones sont disproportionnellement représentées dans les prisons ou encore dans les morts de personnes en situation d’itinérance. En 2019, malgré la fin des pensionnats, les mères autochtones sont encore stérilisées de force ou leurs enfants retirés par la DPJ. Pendant combien de temps encore devront-elles se contenter de « constats » et d’« excuses » sans passage à l’acte concret?

En 2019, les femmes dans l’industrie du sexe, et particulièrement les femmes trans, noires, racisées ou autochtones, demeurent les cibles de choix des agresseurs et des meurtriers. Pendant ce temps, la société préfère débattre sur le concept même de travail du sexe, généralement sans consulter les premières concernées, plutôt que de trouver des solutions pour rétablir les droits fondamentaux de ces femmes : la sécurité, la santé et les libertés individuelles.

En 2019, les femmes en situation de handicap ne sont toujours pas prises en compte autrement qu’en notes de bas de page, tant dans les statistiques et les politiques que dans les programmes nationaux des violences à l’égard des femmes.

En 2019, les personnes intersexes sont toujours soumises dès l’enfance à des interventions médicales non consenties et irréversibles visant à conformer leurs corps aux modèles stéréotypés féminin ou masculin.

En 2019, les femmes musulmanes sont plus à risque de subir des violences dans l’espace public parce qu’elles sont musulmanes. Au Québec, les personnes de confession musulmane sont les principales cibles des crimes haineux depuis plusieurs années, avec une forte augmentation en 2017.

En 2019, les victoires relatives des unes devraient-elles rendre invisibles les violences quotidiennes que subissent les autres femmes?

À la veille de cette journée de commémoration, le Comité 12 jours lance un appel à la société québécoise : « Croyez-nous aussi! »

« Nous », femmes dont les violences sont encore niées et dont les victoires sont encore à venir. En cette journée d’action, le Comité 12 jours demande que les décideurs politiques passent à l’action et ne se contentent plus d’excuses ou de constats lorsqu’il s’agit des violences qui touchent les femmes parce que femmes et autochtones, parce que femmes et bisexuelles, lesbiennes ou intersexes, parce que femmes trans, parce que femmes et musulmanes, parce que femmes et racisées, parce que femmes avec un handicap.

Nous demandons que les groupes qui travaillent par et pour les femmes dans la marge reçoivent un financement adéquat afin de sensibiliser, de prévenir et de mieux intervenir contre les violences que subissent toutes les femmes.

Trente ans plus tard, en mémoire de toutes les femmes victimes de violences, il est temps que toutes les violences et toutes les expériences soient mises de l’avant.

* Liste des signataires : Tanya St-Jean, Je suis indestructible; Sophie Mederi, Regroupement naissances respectées; Farida Abla, Action des femmes handicapées (Montréal); Ariane Marchand-Labelle, Conseil québécois LGBT; Lise Chovino, Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF); Hanane Khales, Réseau d’action des femmes handicapées du Canada (DAWN Canada); L’R des centres de femmes du Québec; Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF); Justice Femme; Stella, l’amie de Maimie; Fédération des femmes du Québec (FFQ); Femmes Autochtones du Québec (FAQ); Centre de solidarité lesbienne (CSL); Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ); Centre des femmes de Laval; Foyer des femmes autochtones; Le Parados inc.; Escale de l’Estrie; Maison de Montigny; Éditions du remue-ménage; La Maison Dalauze; Halte-Femme Haute Gatineau; Pavillon Marguerite de Champlain; Centre féminin du Saguenay; Maison d’aide et d’hébergement L’aid’elle; Guillaume L., OFQJ; Elise Gibert, volontaire OFQJ au Centre d’Action Sida Montréal; Hortense Bernard, volontaire OFQJ au Centre Action Sida Montréal; Amel Zaazaa; Fondation Parole de Femme; Marlihan Lopez, coordinatrice, Institut Simone de Beauvoir; Alexie Labelle, doctorante en science politique, Université de Montréal; Catherine Lavarenne, autrice; Audrey Mantha, citoyenne militante; Martine Delvaux, auteure et professeure, UQAM; Gabrielle Giasson-Dulude, autrice; Diane Ceccon, amie; Isabelle Boisclair, professeure, Université de Sherbrooke; Hélia Tremblay-de Mestral, citoyenne; Laurence Olivier, autrice; Rim Mohsen, militante; Florence Marchand, travailleuse sociale – CISSS de Laval; Chaïma Ben, conseillère en aménagement; Élizabeth Brosseau, citoyenne militante; Laurie Pabion, citoyenne; Thalie Lapierre Poirier, citoyenne; Justine Lapierre Poirier, citoyenne; Sheba Akpokli, citoyenne; Gabriela Gomes, citoyenne; Jade Almeida, militante afroféministe; Caroline Jacquet, citoyenne militante; Cathie Cassivi, citoyenne; Mathieu Lambertin, citoyen; Maryse Andraos, éditrice; Julie Antoine, citoyenne militante.

Page reliée : Discours de Marlihan Lopez à l’inauguration de la nouvelle plaque à la Place du 6-décembre-1989, 05.12.2019[/fusion_text][/fusion_builder_column][/fusion_builder_row][/fusion_builder_container]

2019-12-11T06:36:40-05:005 décembre 2019|Tags: |