
Combien de femmes devront encore mourir pour que les violences faites aux femmes deviennent un enjeu incontournable de cette campagne électorale?
Alors que les chef·fes des partis politiques s’apprêtent à débattre de l’avenir du Québec, L’R des centres de femmes du Québec rappelle une réalité qui ne peut plus être ignorée : depuis le début de l’année, 17 femmes ont été victimes de féminicides au Québec. Quelques jours à peine après la grande mobilisation du 19 septembre à Montréal, une autre femme a été retrouvée morte. Réuni en comité de coordination, L’R des centres de femmes interpelle directement les partis politiques et les médias : combien de femmes devront encore mourir avant que la lutte contre les violences faites aux femmes occupe enfin la place qu’elle mérite dans le débat public?
Les violences faites aux femmes ne peuvent être dissociées de leurs conditions de vie
Chaque jour, les centres de femmes accueillent et accompagnent des femmes qui vivent de la violence, de la pauvreté, de l’isolement et de multiples formes d’oppression. Des femmes qui cherchent à quitter un conjoint violent, mais qui ne trouvent pas de logement abordable. Des femmes qui doivent choisir entre leur sécurité et leur capacité à nourrir leurs enfants. Des femmes qui se heurtent à des services publics surchargés, à des ressources insuffisantes et à des délais qui compromettent leur sécurité.
«Comment peut-on demander aux femmes de quitter une situation de violence lorsqu’elles n’ont nulle part où aller? Comment peuvent-elles reprendre du pouvoir sur leur vie lorsqu’elles n’ont pas accès aux ressources et aux services dont elles ont besoin? La lutte contre les féminicides ne peut pas se limiter à intervenir lorsque la violence a déjà fait ses ravages. Elle exige de s’attaquer aux inégalités qui maintiennent les femmes dans des situations de vulnérabilité et de dépendance», déclare Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice de L’R des centres de femmes du Québec.
La crise du logement, l’appauvrissement des femmes, l’effritement du filet social et le sous-financement des organismes communautaires ne sont pas des enjeux distincts de la lutte contre les violences. Ils peuvent constituer autant d’obstacles à la sécurité et à l’autonomie des femmes.
Aux chef·fes et aux journalistes : posez les questions qui comptent
À l’occasion du débat des chefs, L’R des centres de femmes demande que les violences faites aux femmes soient abordées comme un enjeu de société majeur, et non comme une question secondaire ou un simple fait divers.
Les partis politiques doivent expliquer concrètement comment ils entendent prévenir les violences, garantir l’accès à des logements abordables et sécuritaires, renforcer les services publics et assurer un financement suffisant et récurrent aux organismes qui accompagnent les femmes.
Les journalistes ont également un rôle essentiel à jouer. Au-delà des réactions à chaque nouveau drame, ils et elles doivent questionner les engagements des partis, demander des réponses précises et faire entendre les réalités des femmes et des organismes qui les accompagnent.
«Nous ne voulons plus seulement compter les mortes. Nous voulons que les femmes puissent vivre. Libres, autonomes et en sécurité. Et cela exige des choix collectifs qui dépassent largement les seules mesures de sécurité publique. Les violences faites aux femmes sont une question de droits, de justice sociale et d’égalité. Il est temps que cette campagne électorale en tienne compte.» – Josée Larouche, membre du comité de coordination de L’R.
L’R des centres de femmes du Québec réitère son appel à des engagements concrets, accompagnés de moyens financiers et d’échéanciers clairs. Les femmes ne peuvent plus attendre.
> La photo est tirée de l’album d’André Querry.
